Pourquoi être bénévole pour le DOC ?

Randonner à travers des paysages majestueux, en apprendre plus sur les oiseaux et les plantes locales… L’un de mes objectifs en venant en Nouvelle-Zélande était de découvrir son patrimoine naturel totalement unique.
Mais cette visite n’aurait pas été pleinement satisfaisante sans donner un peu de mon temps et de mon énergie pour aider, à mon échelle, à protéger ces trésors biologiques. Déjà que le bilan carbone d’un tel voyage est catastrophique, je voulais faire un petit quelque chose.

Début juin, j’ai donc rejoins pendant trois jours le programme de « planting » du DOC (Department Of Conservation) dans la réserve scientifique et historique de Matiu/Somes Island.

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Tout voyageur à Aotearoa a forcément entendu parler du DOC, à un moment ou un autre. En effet, cet organisme d’état gère la majorité des infrastructures liées à la randonnée et au camping, passage incontournable pour bon nombre de backpackers. Mais cette mission de gestion est incluse dans une problématique plus large : la sauvegarde du patrimoine naturel et historique du pays.

Voici l’heure de faire un petit point historico-scientifique, pour mieux comprendre l’importance du DOC et de la protection des espèces endémiques et natives de la Nouvelle-Zélande.

Histoire d’un patrimoine naturel unique

Il y a de cela 85 millions d’années, l’archipel néo-zélandais s’est détaché  de l’immense super-continent nommé le Gondwana. Cette séparation a eu lieu environ 19 millions d’années avant que les mammifères ne fassent massivement leur apparition. (Et, au passage, c’était également avant que l’Australie ne se sépare de ce super-continent, ce qui fait que la Nouvelle-Zélande n’est *pas* un petit bout de l’Australie.)
Encore aujourd’hui on trouve nativement à Kiwiland des espèces végétales et animales typiques de l’écosystème du Gondwana.
Parenthèse vocabulaire compliqué. Pour les espèces uniques qu’on ne trouve que dans une région (ici la Nouvelle-Zélande) on parle d’espèces endémiques, que ce soit pour la faune ou pour la flore. Pour celles qui sont également présentes ailleurs, mais toujours naturellement, sans intervention de l’homme, on parle d’espèces natives (par opposition aux espèces envahissantes).

L’archipel, ainsi mis à l’écart du reste du monde, a vu se développer des espèces végétales et animales endémiques (essentiellement  des oiseaux et des insectes) sans grosse pression de prédateurs.
Par exemple, pour les oiseaux c’était le bonheur : pas d’humains, pas de rats, pas de chiens ni de chats. Il y a tellement peu de prédateurs au sol que certains oiseaux n’ont plus besoin d’avoir des ailes pour survivre. C’est la fête !

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Pour résumer, jusqu’à il y a environ mille ans (une paille à l’échelle de l’Histoire du vivant sur la Terre), il n’y avait donc quasiment aucune espèce de mammifère, exception faite des espèces natives de chauve-souris et de mammifères marins.

Otarie à fourrure, l'un des rares mammifères natifs de Nouvelle-Zélande. (Photo : Aude. Licence CC-By)

Otarie à fourrure, l’un des rares mammifères marins natifs de Nouvelle-Zélande. (Photo : Aude. Licence CC-By)

(Pour être tout à fait précise, avec la découverte d’ossements fossilisés de mammifères en Nouvelle-Zélande en 2006, on affirme maintenant qu’il y a eu d’autres rares mammifères natifs voire endémiques. Mais, pour une raison encore inconnue, ils ont totalement disparu plusieurs millions d’années avant l’arrivée de l’Homme.)

Les mammifères, ces ras-bas joie.

Un jour les humains sont arrivés.
D’abord ce furent des colons polynésiens, futurs Māoris (accompagnés de chiens et rats), chassant allégrement le moa jusqu’à l’exterminer au XIIIe siècle, entre autre chose. Plus tard ce fut au tour des Européens de débarquer avec des espèces bien de chez eux : cerfs, moutons, chats, chevaux… Encore plus tard, il importèrent d’Australie des possums pour l’exploitation de leur fourrure. On remballe les cotillons, la fête est bel et bien finie.
Les ravages causés la biodiversité par l’arrivée des Anglais et le développement de l’agriculture sont incommensurables.
La plupart des espèces endémiques n’étaient absolument pas armées face à ces nouveaux colocataires. Chiens tueurs de kiwis, rats mangeurs d’œufs, de poussins et d’autres invertébrés, plantes invasives faisant de l’ombre (au sens propre et figuré) à la flore native… La liste des espèces végétales ou animales disparues est longue et continue de s’allonger.

Possums (venus d'Australie) patriotiquement tués. Pas par moi. Malheureusement pas par moi.

Possums envahisseurs patriotiquement tués pour le bien de la biodiversité. Mais pas par moi. (Photo : Aude – Licence : CC-0)

 The Department of Conservation (DOC)

Aujourd’hui l’endémisme concerne encore :

  • 90 % des poissons d’eau douce.
  • 80 % de toutes les plantes vasculaires.
  • 70 % de toutes les espèces natives d’oiseaux terrestres et d’eau douce.
  • Toutes les chauves-souris.
  • Tous les amphibiens.
  • Tous les reptiles.

En 1987, comprenant enfin que l’heure était grave pour son trésor national, le gouvernement fonde le Department of Conservation (en māori Te Papa Atawhai). Les espèces de la Nouvelle-Zélande étant parmi les plus menacées au monde, le DOC se met à travailler d’arrache-pied au sauvetage de ce qu’il reste du précieux patrimoine du pays.

La préservation de l'écosystème, cette (récente) obsession nationale.

La préservation de l’écosystème néo-zélandais, cette (récente) obsession nationale.

Les missions du DOC sont multiples :

    • Il administre la plupart des terres de l’état, environ un tiers de la superficie du pays (80 000 km²) : parcs, réserves terrestres et marines, cours d’eau, etc.
    • Il doit protéger le patrimoine naturel en préservant et observant les différentes espèces biologiques, faune et flore.
    • Enfin, il gère le Nature Heritage Fund (programme de préservation/reconstitution des écosystèmes natifs sur les terres appartenant à des personnes privées) et s’occupe entre autres de la lutte contre les feux de forêt.
Panneau d'information sur les risques d'incendie dans la région de Wanaka ( Photo : Ischa1 - Domaine public)

Panneau d’information sur les risques d’incendie dans la région de Wanaka ( Photo : Ischa1 – Domaine public)

Le DOC conduit aussi une politique de sensibilisation et d’éducation extrêmement active en lien avec la grande majorité des institutions culturelles, touristiques et éducatives du pays.

Aujourd’hui, plus de 20 % du territoire néo-zélandais est couvert de parcs nationaux, forêts et réserves, avec quatorze parcs nationaux et trente-quatre réserves marines. Sur des îles telles que Matiu/Somes Island, Tiriti Maitangi ou Mangere cela passe par une chasse agressive à tout ce qui empêcherait la recréation d’écosystèmes identiques à ce qui existait avant les Européens.

Certaines espèces animales particulièrement fragiles, sont érigées en symbole de la lutte pour la biodiversité, à l’image du mondialement célèbre kiwi ou du presque aussi connu kakapo.

Le kakapo, ce perroquet star


Ces très gros perroquets sont sous très haute surveillance afin d’empêcher leur extinction totale. Leur incapacité à voler les rend extrêmement fragiles et ils font parties des espèces déplacées dans des îles sanctuarisées. Le DOC dépense tous les ans des millions de dollars et une énergie remarquable, notamment médiatique, pour le maintien de cette espèce qui peine à se reproduire. Mais les risques génétiques liés à la faible population des kakapos font douter de leur viabilité à long terme. La situation est tellement noire, qu’en coulisse, certains se demandent si la bataille n’est pas déjà perdue depuis longtemps. On murmure parfois qu’il ne vaudrait peut-être mieux abandonner l’idée de sauver cette espèce et se concentrer sur des causes moins perdues.

La situation des espèces concernées par le programme de reconstitution de l’écosystème de Matiu/Somes Island est loin d’être aussi désespérée que celle du kakapo. Mais c’est là aussi au prix d’une mobilisation importante et notamment bénévole.

 

 Sources / Aller plus loin :

 

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2 réflexions au sujet de « Pourquoi être bénévole pour le DOC ? »

  1. Christophe

    Salut Aude,

    Je prépare mon voyage en NZ et je suis arrivé sur ton blog. Et je suis frustré qu’il n’y ait pas plus d’articles, parce que c’est vraiment, vraiment bien écrit.
    Ceci étant dit, je te contacte pour savoir comment c’était le volontariat avec le DOC (bien, intéressant, ennuyeux, moyen…).
    Merci pour ta réponse!
    Christophe

    Répondre

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