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Le tiki

Grenoble, 10 décembre 2014.
Aujourd’hui, j’ai vidé mon portefeuille sur le bureau. Un bout de plastique vert s’en est échappé et est allé se planquer sous le lit. J’ai plongé au milieu du troupeau de moutons qui loge ici clandestinement et j’ai récupéré la breloque.

Titirangi, 6 octobre 2013.
Je suis en Nouvelle-Zélande depuis trois jours.
Encore sous le coup du décalage horaire (12h), je cherche à rejoindre Auckland en stop, faute de transports en commun fréquents depuis le coin où je loge. Veste rouge sur le dos, pouce tendu, je marche au bord de la route, à la sortie du village de Titirangi. J’écoute les tūīs. C’est le début du printemps, le fond de l’air est frais et humide. Welcome in Aotearoa.

http://en.wikipedia.org/wiki/File:NZ-Titirangi.png

Titirangi, district à l’Ouest d’Auckland

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Randonner à travers des paysages majestueux, en apprendre plus sur les oiseaux et les plantes locales… L’un de mes objectifs en venant en Nouvelle-Zélande était de découvrir son patrimoine naturel totalement unique.
Mais cette visite n’aurait pas été pleinement satisfaisante sans donner un peu de mon temps et de mon énergie pour aider, à mon échelle, à protéger ces trésors biologiques. Déjà que le bilan carbone d’un tel voyage est catastrophique, je voulais faire un petit quelque chose.
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Six mois

Je suis arrivée en Nouvelle-Zélande le 3 octobre 2013, après un court passage par la Malaisie.
Cela fait donc un peu plus de six mois que je suis à présent au pays du long nuage blanc.
Voici donc un condensé de mon ressenti général, façon pêle-mêle.

2011 Rugby World Cup Australia vs New Zealand (7296132784)

J’ai dit « pêle-mêle », pas « mêlée  » !
(Photo de Jean Francois Beausejour, CC-BY-2.0. via Wikimedia Commons)

En six mois, tu bouleverses tes projets plus d’une fois et tu t’attardes à certains endroits pour cause de rencontres avec des gens très chaleureux, kiwis ou non.

A mon arrivée j'ai été accueillie pendant un mois par une famille anglo-américaine.

A mon arrivée j’ai été accueillie par une famille anglo-américaine de la banlieue sud d’Auckland. Un coin de paradis dés qu’on peut ranger le parapluie. Finalement j’y suis restée un mois.
(Cornwallis, Octobre 2013)

Dès le premier mois, tu expérimentes l’arnaque à la bagnole. Dans les semaines qui suivent, tu passes au bottage de cul d’arnaqueur, à coup de bottes coquées si possible. Tu apprends qu’il est aisé de rencontrer le Julien Courbet kiwi, qu’il est francophile et très disponible. Il te fournit les bouts de fer qui manquaient au bout de tes grolles pour pouvoir frapper bien fort. Et tu savoures le sentiment si réconfortant de ne pas t’être laissée faire, en espérant que ta mésaventure servira à d’autres voyageurs.

En six mois, tu prends vite l’habitude de marcher pieds nus dans les rues et de te baigner avec un t-shirt anti-UV.
On te dit que tu es quand même très rousse pour une Française. Tu te familiarises avec les clichés que l’on a sur ton pays et tu révises les tiens sur Kiwiland.

Tu tentes d’améliorer ton anglais et tu te familiarises avec le kiwi slang.

kiwi_slang

Tu demandes aux gens de répéter. Une fois. Deux fois. Pas une troisième, bien que tu n’aies toujours pas compris.
Tu réalises qu’ici il va falloir inverser le son « -i » et le son « -e ». Pour demander un stylo, il te faut dire « Coudaïave eu piiiine, plize? »
Tu découvres les soirées BBQ qui commencent à 4:00 p.m et s’achèvent à 11:00 p.m.
Tu paumes tes affaires tu ne sais où, pour finalement les retrouver tu ne sais comment, parfois ramenées par des gens avec qui tu resteras longtemps en contact. Tu répètes encore et toujours : « Guys, c’est la dernière fois que je picole. À chaque fois je finis beurrée comme un shortbread et après c’est n’importe quoi. » Ce qui ne t’empêchera pas de recommencer dès le lendemain.

On te fait tester des vins que tu trouves dégueulasses ainsi que de très bonnes bières locales.
Tu goûtes la Tui par pur souci d’étude sociologique et tu te dis que ce qu’il y a de mieux dans cette marque ce sont encore ses publicités.

Tu découvres la musique néo-zélandaise. On t’avait dressé un tableau élogieux du pays, de ses paysages, ses sources d’eau chaude, ses tremblements de terre, etc., mais personne ne t’avait jamais parlé de la musique kiwi. Et tu adores.

En six mois, tu bouges d’un endroit à l’autre sans arrêt. En auto-stop, en bus, en voiture, à pied. En rêve pour les endroits que tu ne peux pas atteindre ou auxquels tu penses encore longtemps après les avoir quittés.

Atelier de perfectionnement d'auto-stop avec Claire et Marie  (Rotorua, Novembre 2013 Photo de Marie Dumont http://marie-dumont.fr/.)

Atelier de perfectionnement d’auto-stop avec Claire et Marie.
(Photo de Marie Dumont http://marie-dumont.fr/ Rotorua, Novembre 2013.)

Tu parcours des paysages époustouflants, tels que tu t’y attendais en regardant les photos, ainsi que d’autres dont tu ne savais rien. En parlant photo, tu regrettes de ne pas avoir un objectif de 16mm. : malgré tous tes efforts, les montagnes ne rentreront jamais dans ton appareil.

Vue sur Fjordland depuis Gertrude Saddle. (Janvier 2014)

Vue sur Fjordland depuis Gertrude Saddle.
(Janvier 2014)

Tu fais connaissance avec la faune locale.  Les tuis et leurs chants qui te rappellent l’époque du modem 56k, mais aussi les nuées de sandflies dont les piqûres douloureuses te vaudront quelques crises de nerfs et de larmes.
Tu réalises que les perroquets ne vivent pas tous dans la jungle ou des zoos et qu’en montagne il faut veiller à ce que des hordes de kéas ne s’en prennent pas aux joints du pare-brise de ton véhicule ou à ton équipement de randonnée.

Un kéa s'attaquant à une conduite d'eau pluviale. (Mueller Hut, Mount Cook National Park, Février 2014)

Un kéa s’attaquant à une conduite d’eau pluviale.
(Mueller Hut, Mount Cook National Park, Février 2014)

Tu te prends d’une affection particulière pour le kakapo. Tout d’abord parce qu’il a le nom qu’il a et que comme tous les Français tu vas trouver cela ridicule. Ensuite parce que tu comprends à quel point ce perroquet endémique est rarissime et précieux. Même s’il est très con.

En six mois, tu répètes souvent « je ne peux pas rester ici, pas assez de temps, je reviendrai, je le jure » et tu espères être à la hauteur de ta promesse.
Tes nuits se passent sous une tente, dans la voiture, à même le sol. Dans un lit parfois. Dans des conditions légales, ou illégales.
Tu fais du couchsurfing, du floorsurfing, du campervansurfing.

Tu n’échappes pas aux nuits en backpackers et tu y rencontres d’autres voyageurs, jeunes galériens volontaires ou vieux bourlingueurs tranquilles. Tu ne supportes plus ces endroits qui se ressemblent tous, mais tu adores certaines personnes que tu y rencontres.

Noël sur la plage, un must-do (Wellington, Décembre 2013)

Noël sur la plage, un must-do.
(Wellington, Décembre 2013)

Tu apprends à faire du béton, les rudiments du maraîchage en agriculture biologique et à faire la vaisselle de façon plus efficace dans un restaurant.

Une semaine de HelpX chez un couple franco-américain à Auckland. Au programme : béton, landscaping et jus de pamplemousse cueillis sur l'arbre.

Une semaine de HelpX chez un couple franco-américain. Au programme : béton, landscaping et jus de pamplemousses fraîchement cueillis sur l’arbre.
(Auckland, Novembre 2013).

Tu jures et rejures « plus de Français, marre des Français ! », mais quasiment tous tes compagnons de voyage seront francophones, ou au moins francophiles, et tu noueras avec eux des relations parfois très fortes. Et en ce qui concerne tes potes français, tu réalises que tu ne les aurais jamais rencontrés si tu étais restée en France, qu’il t’a fallu aller à l’autre bout du monde pour les connaître.

Manu, Guillaume et votre humble serviteuse

Manu, Guillaume et votre humble serviteuse.
(Queenstown, Février 2014)

Tu décides ensuite qu’il est temps de te sédentariser. Tu veux être autre chose qu’une touriste de passage et essayer de passer au-delà du vernis pour connaître vraiment la Nouvelle-Zélande.



Tu passes au statut de potentielle émigrante et tu t’installes pour un temps à Wellington. Tu veux ressentir une culture, des lieux, t’intégrer sans pour autant te prendre pour ce que tu n’es pas. Juste te confronter durablement à quelque chose de différent pour te sentir plus forte, plus complète et surtout plus ouverte.

Je ne dirais pas qu’il est facile de s’adapter à tout. Comprendre l’accent kiwi et trouver du travail, gérer certains événements imprévus et pénibles, se confronter à d’autres habitudes culinaires qui heurtent les siennes… Rien n’est jamais entièrement rose. Mais venir en Nouvelle-Zélande est parmi les meilleures décisions que j’ai prises. Definitively.
Un voyage, une expatriation temporaire, ne vous change pas. Rien ni personne ne le peut. Mais voyager, bouger, donne l’opportunité de changer plus facilement.
Chez les geeks on dirait : « voyager donne l’opportunité de s’upgrader sans perdre en compatibilité avec les versions précédentes ».

Un voyage vous fait et vous défait, si vous le voulez.

fjordland_lake_webFin des réflexions du jour.